
Peindre le lieu, inscrire le temps
Bruno Dunckel travaille le lieu et le temps comme des matières.
Sa pratique se déploie en trois axes : peinture, photographie, dessin — qui constituent un même protocole d’attention au monde.
Les peintures à l’huile, souvent réalisées au format carré, ouvrent des espaces de suspension. Ciels, formes incertaines en équilibre, paysages aux horizons multiples s’y situent aux frontières de l’abstraction. La matière est travaillée avec lenteur — l’huile le permet — et l’image émerge par strates. Il ne s’agit pas de décrire un paysage mais d’en restituer l’expérience intérieure. La peinture devient surface de respiration.
Les diptyques photographiques répondent à un autre geste : un cadrage vers le sol — le point d’ancrage — puis un second vers le ciel. Les deux images sont assemblées, créant une tension verticale entre présence et élévation. Chaque œuvre est titrée par sa date et ses coordonnées GPS exactes. Le lieu n’est pas une fiction : il est nommé, situé, attesté. L’image devient alors preuve d’un passage, archive d’un instant précis. N’est-ce pas là une des fonctions premières de la photographie ?
En parallèle, Bruno Dunckel réalise quotidiennement des autoportraits dessinés les yeux fermés, d’un seul trait continu. La date est frappée au poinçon sur le papier. Ce rituel, plus que représentation de soi, constitue un enregistrement de l’état du jour — une mesure intime du temps qui s’écoule.
À travers ces pratiques méditatives, l’artiste met en place une cartographie sensible :
marquer le lieu, dater le geste, inscrire la présence. Son travail ne cherche ni l’événement spectaculaire ni la narration. Il opère dans la constance, la répétition, l’attention. Il affirme que chaque point géographique, chaque jour, chaque respiration possède une densité propre — pour peu qu’on s’y arrête.
